Butembo : 1 455 personnes en la prison de Kakwangura, le Tribunal militaire submergé par les dossiers de 837 détenus ; à qui la faute ?
Pléthore en la prison urbaine de Kakwangura à Butembo. Des voix ne cessent de s’élever pour déplorer le surnombre de détenus dans cette maison de correction. Construite pour un maximum de 250 personnes, cette prison avait 1 455 détenus le 23 juillet 2025, à en croire le Réseau pour les Droits de l’Homme, REDHO.
Ce regroupement d’ONGDH indique que, de ces détenus, 226 dont 5 femmes sont condamnés. «Nombre des détenus poursuivis par l’Auditorat Militaire de BUTEMBO : 313 dont 11 femmes ; Nombre des détenus dont les dossiers sont fixés au Tribunal Militaire de BUTEMBO : 794 dont 16 femmes ; Nombre des détenus dont les dossiers sont pendants au Parquet Près le Tribunal de Grande Instance de BUTEMBO : 40 Hommes et 3 femmes ; Nombre des détenus dont les dossiers sont pendants au Tribunal de Grande Instance de Butembo 7 dont 1 femme ; Nombre des détenus dont les dossiers sont pendants au Parquet Près le Tribunal de Paix de Butembo : 4 ; Nombre des détenus dont les dossiers sont pendants au Tribunal de Paix de BUTEMBO : 9 hommes », lit-on dans une note du REDHO datée du 24 juillet 2025.
Plus de détenus pour le Tribunal militaire
Le constat le plus clair possible montre que le Tribunal militaire est la juridiction qui instruit les dossiers du plus grand nombre de détenus.

Mais, comment est-ce possible ? Radio Elimu, La Voix de l’UOR, s’est penchée sur cette question ce lundi 4 août 2025.
A la question de savoir pourquoi le Tribunal militaire, garnison de Butembo, accuse une lenteur légendaire, le Président de la juridiction n’a pas souhaité répondre à nos questions. Le Capitaine Magistrat BYAMUNGU MUMANIRA nous a référés vers le porte-parolat des FARDC dans la contrée pour en parler.
En attendant, nous avons procédé à une observation et à l’échange avec d’autres sources généralement bien informées pour parler de cette question que la bouche autorisée du Tribunal militaire de garnison se réserve de commenter pour des raisons déontologiques.
Selon nos interlocuteurs, le Tribunal militaire accuse une insuffisance inquiétante du nombre de magistrats. « A ma connaissance, il n’y a pas plus de 4 juges militaires ici. Et d’ailleurs, c’était un seul. Trois autres ont été nommés récemment. On nous dit qu’un juge n’est pas encore là. Donc, 3 juges sont présents depuis quelques temps seulement. On ne peut pas leur demander au-delà de l’impossible », laisse entendre un avocat, visiblement énervé par la lenteur du Tribunal militaire.
Plus de tâches mais avec quels moyens ?
Le Tribunal Militaire, garnison de Butembo, est parmi les juridictions avec des tâches nombreuses qui trainent sur sa table. Outre l’insuffisance du nombre de magistrats, le problème de moyens se pose également avec acuité.
« Depuis l’avènement de l’état de siège, certaines infractions sont déjà de la compétence des juridictions militaires. Mais, le Tribunal militaire par exemple n’a pas le personnel et les moyens conséquents devant lui permettre de bien travailler. Normalement, le Gouvernement ou disons le Gouvernorat devait déjà penser à la manière d’appuyer ce Tribunal. Mais, vous voyez vous-même que c’est une juridiction qui fonctionne difficilement. Pas de salles d’audience, pas de transport pour les volontaires juges assesseurs qui viennent aider les magistrats, pas de frais d’organisation d’audiences, bref, c’est un Tribunal qui donnerait beaucoup s’il avait un personnel suffisant et des moyens conséquents », analyse un étudiant en Droit qui, depuis deux mois, suit avec attention les audiences au Tribunal militaire.
Le constat, c’est que les magistrats de cette juridiction ne donnent pas au-delà de leurs capacités. Les audiences se tiennent régulièrement à Butembo voire en foraine à Musienene, Lubero, Magherya et ailleurs, selon les causes. A côté de cela, les tâches de rédaction sont réalisées. Mais, beaucoup reste encore à faire.
Et alors quoi ?
Depuis le début de l’année en cours, le Tribunal militaire, garnison de Butembo, a déjà instruit jusqu’au prononcé du jugement 224 dossiers avec 53 acquittements notés.

Jusqu’à la fin de juillet 2025, cette juridiction avait 837 détenus concernés par 654 dossiers sous sa responsabilité.
«Au regard des conditions difficiles dans lesquelles les détenus vivent dans la prison de Kakwangura, il faut les audiences de désengorgement. Elles sont possibles si on a par exemple 10 magistrats en raison d’une soixantaine de dossiers par juge. Mais, il faut des moyens pour organiser ces audiences. Dans d’autres contrées, on a la MONUSCO, à travers sa section d’appui à la justice qui contribue à relever un tel défi. Là, c’est alors au Gouvernement, au niveau provincial ou national de jouer sa partition », pense un enseignant en Droit.
Le Tribunal militaire de Butembo a encore du chemin à parcourir pour mieux servir les justiciables. Nous apprenons qu’un espace où sera construit le bâtiment de cette juridiction est déjà apprêté dans la concession du bureau communal de Mususa.
En attendant qu’il soit doté des moyens et du personnel suffisant, les détenus qui dépendent de cette instance judiciaire devront rester patients.
Rappelons que l’installation du Tribunal militaire autonome de Butembo au Nord-Kivu avait eu lieu le mercredi 16 mars 2022. La cérémonie y afférente s’était déroulée dans la salle de réunions de la mairie de Butembo.
La compétence du Tribunal Militaire de Butembo s’étend sur la ville de Butembo et le territoire de Lubero. Des entités qui étaient jadis dans le ressort du Tribunal Militaire, garnison de Beni.
Patient Akilimali